Baptiste Fenwick : Du monde de la finance à l’expertise en horlogerie de luxe
Baptiste Fenwick a construit un parcours atypique, à la croisée de la finance et de l’horlogerie de luxe. Initialement formé aux métiers de la finance, il se spécialise ensuite dans le luxe au travers d’un mastère dédié. Une expérience en alternance dans l’univers du vintage et de la seconde main confirme son intérêt pour l’horlogerie. Il rejoint ensuite une maison prestigieuse du groupe Richemont, où il évolue aujourd’hui en tant que conseiller de vente. Son parcours illustre une trajectoire guidée par la passion, la curiosité et la recherche d’expertise dans un univers exigeant.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Baptiste Fenwick, j’ai 26 ans. Je travaille actuellement dans l’horlogerie en tant que conseiller de vente pour la maison Alain Gheinzone, qui fait partie du groupe Richemont. J’évolue donc dans l’univers du luxe, plus particulièrement dans le domaine de l’horlogerie.
Sur le plan académique, j’ai suivi un Mastère en 2 ans à l’ESG Luxe entre 2022 et 2024.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de rejoindre l’ESG Luxe et en quoi cette formation a-t-elle influencé ton parcours professionnel ?
J’ai en réalité deux passions principales dans mon parcours : la finance et l’horlogerie. J’ai d’abord suivi des études en finance, orientées vers l’investissement et la finance d’entreprise. À la fin de ce premier cursus, j’ai eu l’opportunité de faire un stage auprès d’un vendeur de montres de luxe.
C’est à ce moment-là que j’ai découvert plus en profondeur l’univers de l’horlogerie, notamment autour des pièces de collection et vintage, qui m’a tout de suite passionné. Ce stage a été un vrai tournant, car j’ai eu envie de continuer dans cette voie tout en gardant un lien avec la finance.
En effet, dans ce domaine, il y a aussi une dimension patrimoniale et d’investissement, surtout sur le marché de la seconde main qui était particulièrement dynamique à ce moment-là. C’est donc naturellement que j’ai intégré l’ESG Luxe, qui proposait un mastère spécialisé en horlogerie et qui me permettait de poursuivre cette expérience en alternance. Cela m’a permis de combiner mes deux centres d’intérêt : la finance et l’horlogerie.
Peux-tu nous raconter ton cheminement entre la fin de tes études et ton arrivée chez A. Lange & Söhne ?
Mon cheminement s’est fait assez naturellement. J’ai terminé ma dernière année de mastère avec une alternance dans l’univers du vintage et de la seconde main, toujours en lien avec le luxe. C’était proche de l’horlogerie, mais dans un univers différent de celui dans lequel j’évolue aujourd’hui. À ce moment-là, j’avais envie de passer à un cadre plus structuré, celui des grandes maisons et des grands groupes, afin de découvrir un fonctionnement plus corporate, avec ses process et son organisation. C’est dans cette logique que j’ai candidaté via des journées de recrutement organisées par le groupe Richemont. Plusieurs maisons étaient présentes, comme Vacheron Constantin, Jaeger-LeCoultre, Panerai ou encore A. Lange & Söhne.
Le processus était assez complet : après plusieurs étapes de présélection, nous étions environ une centaine sur ces journées, avec différents exercices, allant de la culture générale à des mises en situation de vente, ainsi que des tests de travail en équipe et d’adaptabilité en environnement de groupe. À la suite de ce processus, j’ai été approché par A. Lange & Söhne, et tout s’est enchaîné rapidement, en une semaine entre les premières étapes et la décision finale. C’est une expérience que j’ai beaucoup appréciée, car elle était très concrète et sélective, basée sur des mises en situation réelles plutôt qu’uniquement sur le CV.
Quelles compétences acquises à l’ESG Luxe te servent encore aujourd’hui dans l’univers de l’horlogerie de luxe ?
Ce que j’ai particulièrement apprécié à l’ESG Luxe, c’est le fait de pouvoir se spécialiser et d’approfondir réellement les enseignements liés à l’univers du luxe. On ne se limite pas à un seul aspect : on aborde des domaines très variés comme le clienteling, le visual merchandising ou encore d’autres fonctions transverses. Cela permet de mieux comprendre l’ensemble des métiers du secteur, pas seulement celui dans lequel on évolue directement. Aujourd’hui, même si je suis en vente pure, cela m’aide par exemple à mieux appréhender la direction artistique des boutiques ou les choix de mise en scène, ce qui est essentiel pour s’approprier l’environnement et mieux conseiller les clients. Globalement, je trouve que les enseignements sont très complets et utiles. Et au-delà des cours, ce sont aussi les rencontres et le réseau qui sont importants. Dans ce type de formation spécialisée, on évolue avec des profils du même univers, ce qui facilite ensuite les échanges et les collaborations professionnelles.
Comment as-tu réussi à intégrer une maison prestigieuse comme A. Lange & Söhne, et quelles ont été les étapes clés du recrutement ?
Le principal défi pour intégrer A. Lange & Söhne vient du positionnement même de la maison. C’est une maison très exclusive, avec une seule boutique en France et une cinquantaine dans le monde, donc assez élitiste et sélective. Je pense que ce qui a vraiment fait la différence, c’est mon expérience préalable de deux ans en alternance et ma connaissance de l’univers horloger, qui est un milieu très particulier et exigeant. Cela a rassuré sur ma capacité à évoluer dans ce secteur. Le défi pour eux était aussi lié au profil : la moyenne d’âge en boutique est plutôt autour de 30 à 35 ans, avec des profils très expérimentés, souvent avec 5 à 10 ans d’expérience dans le luxe et au sein de grandes maisons du groupe Richemont. Dans mon cas, j’étais nettement plus jeune, avec environ 10 ans d’écart par rapport à certains collaborateurs. C’était donc un vrai pari de leur part de me faire confiance et de m’intégrer dans cette équipe. Au final, j’ai eu la chance d’être recruté grâce à la confiance du directeur de boutique, qui a accepté de miser sur un profil plus jeune, ce qui était moins courant à l’époque.
Quel est ton poste et à quoi ressemble ton quotidien au sein d’une maison horlogère de haute précision comme A. Lange & Söhne ?
Mon poste est celui de conseiller de vente, donc un rôle assez classique dans son intitulé, mais qui est assez spécifique dans son fonctionnement.
Concrètement, j’accompagne les clients qui entrent en boutique dans leur processus d’achat, avec un vrai travail de conseil et de relation. En parallèle, il y a aussi toute une partie de développement et de suivi du fichier client : on contacte nos clients, on les relance, et on entretient une relation régulière avec eux.
Dans le cadre de cette maison qui est très confidentielle et très niche, il y a beaucoup de travail sur la clientèle locale et sur le suivi personnalisé. Il peut y avoir des journées avec peu de trafic en boutique, ce qui nous permet justement de consacrer du temps à ce travail de fond sur le portefeuille client. Ce qui est intéressant, c’est que la relation client est très approfondie : on peut passer entre 30 et 45 minutes avec un client en boutique, ce qui est assez long par rapport à d’autres maisons du secteur. On a donc un vrai équilibre entre le conseil en vente et le développement de la relation client sur le long terme, avec une logique de fidélisation et d’accompagnement des collectionneurs.
Quels conseils donnerais-tu à un étudiant qui souhaite travailler dans l’univers du luxe, et plus particulièrement dans l’horlogerie ?
Je pense que la curiosité est essentielle, et ce n’est pas un défaut, bien au contraire. Dans mon métier, ce n’est pas seulement important de connaître la maison pour laquelle on travaille, mais aussi de bien comprendre l’ensemble du secteur : les autres maisons, les tendances, et les acteurs qui émergent.
C’est ce qui permet de faire la différence entre un vendeur et un bon vendeur, notamment dans la capacité à se projeter rapidement face au client. Par exemple, reconnaître et comprendre les pièces qu’il porte au poignet peut vraiment changer la qualité de l’échange.
Cette curiosité passe aussi par le réseau et les rencontres, qui jouent un rôle important dans l’évolution de carrière. Dans ce métier, connaître les bonnes personnes et échanger avec différents profils est aussi un vrai levier d’évolution.
Au-delà de l’horlogerie, je pense qu’il est important de s’intéresser à l’ensemble de l’univers du luxe : l’hôtellerie, la joaillerie, ou encore d’autres segments. Cela permet d’avoir une vision plus globale et d’être plus polyvalent dans son approche client.
Et je pense que la connaissance en elle-même s’acquiert assez vite avec les bons outils et la pratique. L’essentiel reste surtout l’envie d’apprendre et la curiosité.